Blog 7 min de lecture

Tout le monde il est (pas) gentil

Indépendance éditoriale vs contenus sponsorisés, commentaires pas toujours très mesurés : cette semaine, je fais le point sur une situation que je vois se dégrader de semaine en semaine.

<span>Tout le monde il est (pas) gentil</span>

Jean-Michel Bisounours.

Je me suis toujours considéré comme très chanceux d’avoir assez peu de commentaires négatifs sur la chaîne YouTube Les Sondiers. Je mets ça sur le compte d’une certaine manière de faire, qui se veut à la fois cool, bienveillante, mais également pédagogique, en essayant d’être le plus précis possible et de donner le maximum d’infos utiles. Et soyons clairs : la bienveillance, ce n’est pas être mièvre, c’est aussi dire les choses pour ce qu’elles sont vraiment. Je pense également que donner son avis est une liberté fondamentale que je me refuse à sacrifier pour une campagne marketing. Et ça m’a valu d’être souvent blacklisté, écarté, insulté, menacé même.

Pour cette raison, je prends vraiment très mal les commentaires qui mettent en cause mon intégrité professionnelle. Comme on dit, j’en ai assez chié pour qu’on ne vienne pas me chercher sur ce terrain-là. En vérité, ceux qui se permettent ces critiques sont souvent des gens qui découvrent la chaîne et qui viennent déverser leur bile parce qu’ils n’ont pas aimé un sujet. Ou parce qu’ils ont passé une mauvaise journée. Ou parce qu’on est jeudi.

Puisqu’on vous dit qu’il fait ce qu’il veut

Ma politique aujourd’hui est relativement simple à comprendre.

D’abord, la transparence sur les contenus sponsorisés. Je suis toujours surpris de voir le nombre de chaînes qui ne respectent pas la loi en la matière – la loi « influenceurs » de 2023 ne date pourtant pas d’hier – et qui continuent de ne pas placer les mentions obligatoires lorsqu’il s’agit de contenu clairement sponsorisé.

Ensuite, un jeu de règles claires que j’énonce aux marques qui souhaitent travailler avec moi : liberté totale de ton dans mes vidéos. Si je n’aime pas quelque chose, je le dirai, contre vents et marées. Je n’accepte ni les briefs ni les pré-validations – quand on commence à me les réclamer, c’est en général un red flag – et si ça ne convient pas à une marque, alors qu’elle passe son chemin.

En échange de ce niveau d’exigence, je prends plusieurs engagements : montrer les produits sous leur meilleur jour dès le début de la vidéo, proposer des démos musicales plutôt qu’une série de « pouets » sans intérêt, et être juste dans mes critiques, en tenant compte de la philosophie du produit, de son prix, et de ce que fait la concurrence dans la même gamme. Car en fin de compte, un internaute averti en vaut deux. Quelqu’un qui achète un produit malgré les défauts que j’ai mentionnés, c’est mieux que quelqu’un qui les découvre en le sortant de la boîte. Ce sera un client satisfait, et pas un client frustré. Si seulement les marques pouvaient enfin comprendre ça ! Le bashing gratuit ne sert personne, même pas moi.

Comme je n’aime pas les maux de tête, je me suis tourné vers la facilité : j’ai simplement arrêté de travailler avec les marques dont les produits ne me plaisaient pas, ou celles avec qui le contact ne passait pas. De là à dire que je n’aime que les produits faits par des gens sympas, on n’est vraiment pas loin ! Mais j’ai aussi des contre-exemples qui me viennent en tête là, tout de suite (et non, vous ne saurez rien, mais ils se reconnaîtront probablement 😅… désolé les amis).

Croissance poussive

La chaîne a aussi connu une croissance très lente, précisément pour cette raison : peu de marques veulent vraiment jouer le jeu. On paye, alors ça doit être 100 % positif, dans le seul but de faire vendre. Je peux comprendre, mais ça en dit long sur leur éthique. L’idée d’acheter l’opinion de quelqu’un… Est-ce que ce n’est pas ignoble ? Que ce soit du côté de la marque ou de celui des influenceurs, quel niveau de moralité faut-il avoir pour accepter ça ? La chaîne Les Sondiers est pourtant la démonstration qu’on peut vendre en donnant son avis, et que notre Communauté n’en est que plus solide. Voilà qui est bien surprenant, pas vrai ?

L’autre raison de cette très lente ascension, c’est que j’ai longtemps refusé de céder aux standards éditoriaux imposés par YouTube : le sensationnalisme, le putaclic ou le charlatanisme. Aucun synthétiseur ne fait repousser les cheveux (ça se saurait, vu leur nombre dans mon studio), et ce n’est pas demain la veille que je vais vous parler du « meilleur sampler » ou de la « meilleure pédale d’effet » (quand j’en serai là, svp, ressortez-moi ce billet). Et lorsqu’une vignette véhicule un message, je veux que ce soit EXACTEMENT ce qu’on va retrouver dans la vidéo, sans cette horrible « YouTube face » qu’on voit encore trop souvent sur les vignettes de mes chers confrères. Je plaide coupable, on l’a tous fait, au moins pour tester. Mais juste, arrêtez maintenant, quoi. C’est ma manière à moi de conserver ma santé mentale, mais ça n’aide pas la croissance de la chaîne. Vraiment pas.

Qui pour nous sauver ?

Car le salut ne vient pas des marques. Spoiler : j’ai découvert à mes dépens qu’il ne venait pas non plus de la Communauté. Attendre de la gratitude et du soutien m’a souvent donné l’impression d’être seul dans le désert. Quand certaines vidéos atteignent des performances impressionnantes, je me surprends à comparer ces chiffres au nombre de personnes qui décident de soutenir la chaîne sans aucune contrepartie. C’est… intéressant. Et un peu douloureux en même temps. Si vous voulez faire partie de ceux qui changent ça, c’est ici : Soutenez Les Sondiers

Le respect de la Communauté

Malheureusement, j’ai constaté ces derniers mois une augmentation des prises à partie et des débats ultra polarisés, sur des sujets qui, rappelons-le, ne concernent que la production musicale. Je considère que ce sont des agressions, et qu’elles n’ont rien à faire chez nous. Elles ne devraient tout simplement pas exister, même si certains trouvent tout à fait normal d’insulter les gens et de tenir des propos qui dépassent parfois l’entendement. Quand je parle de respect de la Communauté, je parle de celui que je lui accorde, mais aussi de celui que je m’attends à recevoir en échange du travail fourni. Et ceux qui ont une vie de merde et envie de la partager, qu’ils le fassent ailleurs que chez Les Sondiers.

Vouloir absolument avoir raison (et le faire savoir), ne pas supporter que les autres donnent leur avis au point d’en venir à l’insulte, critiquer la manière dont nous animons l’émission du lundi en exigeant qu’on la change, ou commenter les vidéos comme si je ne lisais pas chaque commentaire : tous ces comportements sont inacceptables et doivent cesser. Je rappelle que Les Sondiers est un média majoritairement gratuit, mû par la passion d’une poignée de personnes dont la motivation s’effrite un peu plus à chacune de ces agressions.

Et à toutes celles et ceux qui commentent avec bienveillance, partagent, soutiennent, ou simplement regardent : vous êtes l’immense majorité, et c’est pour vous qu’on continue.

Je sais parfaitement qu’on vit une époque difficile et incertaine. Je suis assez bien placé pour le savoir, avec cette activité ultra-instable et hyper dépendante des revenus des plateformes, en baisse constante depuis plusieurs années. Mais ce n’est pas une raison pour rajouter à ce tableau déjà bien dégueulasse une couche d’incivilité. On a toutes et tous mieux à faire.

Knarf
A propos de l'auteur
Knarf
Fondateur - Guru in chief

Animateur principal de l'émission, SynthTuber par défaut, Knarf jongle sur une jambe avec des câbles TRS. Il faut dire qu'il sévit depuis bien trop longtemps sur Internet. Knarf réalise également la série MP3 "Les Aventuriers du Survivaure" dont les épisodes sortent environ tous les 182 ans. Son passif d'ingénieur du son de réserve et le fait qu'il soit maintenant très vieux lui confère le plaisir et l'honneur d'animer Les Sondiers.