Comme si ce n'était pas déjà assez le bazar...
Cette semaine, je me suis surpris à faire un truc que je ne fais jamais : fermer l'onglet d'une vidéo de présentation produit sans avoir regardé la vidéo. Pas par lassitude, pas par snobisme. Juste parce qu’il y en avait sept autres ouverts derrière, que la moitié concernaient des groovebox sorties depuis septembre, et que l’autre moitié parlait de firmwares alternatifs pour des machines que je n’ai même pas encore eu le temps d’apprivoiser dans leur version d’origine.
Et là, je me suis dit : est-ce que je décroche ?
Trop vieux ?
C’est possible. Je ne vais pas vous mentir, l’hypothèse m’a traversé l’esprit (et le mal de dos, ça fait deux choses qui me traversent). Ça fait des années que j’évolue dans ce petit monde, je connais les cycles, les salons, les teasers trois semaines avant la sortie, les « révolutions » qui finissent en promo à -40 % six mois plus tard. Je pensais avoir développé une forme d’immunité. Mais là, c'est vraiment chaud.
Le volume d’annonces synth/groovebox depuis la rentrée est tout simplement inhumain. Ajoutez par-dessus l’océan de firmwares alternatifs qui démultiplient les possibilités de chaque machine, et vous obtenez un paysage où chaque appareil n’est plus un instrument, mais une plateforme. Une boîte qui fait une chose aujourd’hui, une autre demain, et peut-être une troisième, une quatrième et une cinquième après demain.
Se monter un home studio, c’était déjà un parcours du combattant. Là, ça devient carrément illisible.
C'est une bonne nouvelle
Oui. Et c’est bien ça le problème.
Regardez le mouvement de fond de ces dernières semaines : Behringer qui sort déjà une première groovebox open source (KICK), Akai qui fait de même en ouvrant sa MPC Sample Key, Ableton qui ouvre son API, Fred’s Lab qui lance l’Octane, un hub USB/MIDI lui aussi open source... Je pense sincèrement que beaucoup d'autres vont suivre. C'est l'avenir. L’ouverture devient un argument de vente, presque une norme. Qui n'a pas son API ou n'a pas ouvert son code pour permettre le hacking de ses produits ne trouve plus grâce auprès de la communauté. Sur le papier, c’est exactement ce que je défends depuis des années : des machines qu’on peut comprendre, modifier, faire durer, plutôt que des boîtes noires vouées à l’obsolescence au premier changement de stratégie du fabricant.
On vit une époque formidable, comme dirait l’autre.
Mais voilà. Le bon vieil adage « trop d’options tue l’option » n’a jamais été autant d’actualité. Quand tout est possible, plus rien n’est évident. « Où aller ? » et « Par quoi commencer ? » n’ont jamais été des questions aussi importantes, surtout pour celles et ceux qui débarquent. Moi, j’ai des années de repères pour trier. Ca me fait l'effet d'un buffet à volonté où chaque plat se décline en douze recettes alternatives. Je mange quoi, du coup ? Euh...
Vous allez rire, il est coupable
Oui alors voilà, car dans tout ce brouhaha ambiant, je n'hésite pas à rajouter mon petit bazar personnel.
Notre esprit geek veut toujours prendre le dessus, et c’est évidemment mon cas. J’ai récemment développé, avec l’assistance de l’IA, un outil pour organiser mes lives machines : Liveset Manager. On y a déjà consacré deux streams Twitch, et il sortira bientôt en open source, sous licence GPL (oui, j’ajoute moi aussi ma pierre à la montagne dont je me plains, je vois très bien l’ironie).
Et comme si ce premier méfait ne suffisait pas, je me suis précipité sur le hacking de mon Traktor Kontrol F1 qui est devenu un séquenceur algorithmique, à la Torso T1. En 1h, environ. Parce que, évidemment, c’est exactement ce dont j’avais besoin cette semaine (non).
Du coup, la question me revient en pleine figure : sommes-nous tous un peu fautifs ? Ces nouveaux outils, l’IA, l’open source - ok c'est pas nouveau, mais dans les produits musicaux, c'était moins répandu - la facilité de coder et de bidouiller, ça ne concerne plus seulement les fabricants. Ça nous concerne nous, les musiciennes et les musiciens qui hackent, partagent, publient. Le marché s’oriente aussi parce que nous le poussons dans cette direction. Je ne dis pas que c’est mal (je serais bien hypocrite), je dis juste qu’on est nombreux à souffler sur les braises en se plaignant ensuite de la fumée (à lire en toussant très fort).
C’est passionnant. Et c’est crevant. Les deux à la fois, parce que nous le valons bien.
Patience
Je crois sincèrement qu’il est urgent d’attendre. Laisser la poussière retomber avant de se précipiter. Voir quelles plateformes survivent, quels firmwares sont encore maintenus dans un an, si le M-VAVE FM1 fait toujours la une de reddit, et quelles communautés tiennent la distance. Une machine ouverte dont plus personne ne s’occupe reste une machine fermée, juste avec un peu de bruit autour.
Ce conseil, je pense me l’appliquer d’abord à moi-même. Je ne sais plus où donner de la tête tellement il y a de choses incroyables à faire et à tester en ce moment, donc je vais faire un truc radical : arrêter temporairement de tout explorer pour refaire quelques vidéos.
Bon week-end.