Tascam DR-40XP : nouvelle version 32-bit float. Décryptage.
Le monde des enregistreurs de terrain est impitoyable, et chez Tascam, force est de constater que les innovations techniques côtoient parfois des choix… disons, curieux. Aujourd'hui, on va parler du petit dernier, le DR-40XP, qui débarque en se présentant comme le digne successeur des vénérables DR-40 et DR-40X. Un nom familier, donc, pour un produit qui essaie de rester dans la course.
Dans l'absolu, c'est une bonne nouvelle de voir Tascam continuer d'investir ce segment. La marque nous promet, comme ses petits camarades, l'enregistrement en 32 bits virgule flottante. Et ça, vous le savez, c'est un argument de poids pour ne plus jamais se prendre la tête avec les niveaux d'entrée et les saturations numériques. Bref, sur le papier, un signal clean, moins de post-production. On retrouve les deux microphones à condensateur réglables qui ont fait la réputation de la série, avec un blindage renforcé pour limiter les interférences radio de nos smartphones qui peuvent générer des parasites. Pratique quand on est en reportage et qu'on ne peut pas toujours isoler son matériel.
Le DR-40XP dispose aussi de deux entrées combo XLR/TRS, avec les fameux préamplis micro HDDA (High Definition Discrete Architecture) chers à Tascam. La sensibilité est sélectionnable, et le bruit d'entrée équivalent annoncé est de -126 dBu. Tascam met également en avant une précision de synchronisation améliorée (10 ppm contre 30 ppm auparavant), un meilleur haut-parleur intégré (ça peut dépanner !) et des démarrages d'enregistrement plus rapides. On conserve aussi les fonctionnalités des modèles précédents, à savoir overdub, punch in, effets, décodeur M/S. L'appareil embarque un slot pour carte SD compatible avec tous les formats modernes, jusqu'à 512Gb.
Ce qui fait tiquer, un peu…
Mais voilà, si je commencer à gratter un peu sous le vernis du communiqué de presse : je me pose des questions sur l'efficacité réelle de ces nouveautés. Par exemple, si le 32-bit float est une excellente chose pour la flexibilité en post-prod, son intérêt est forcément limité par la qualité des préamplis en amont. Tascam annonce un EIN (Equivalent Input Noise, le bruit de fond, quoi) de -126dbU sur cette machine. Sur le papier, on se dit que ça à l'air correct par rapport aux valeurs de la concurrence. Sauf que c'est mesuré en norme JEITA, donc en pondération A.
Alors pour savoir de quoi on parle, il faut se référér aux courbes de Fletcher-Munson qui décrivent la manière dont le cerveau humain et l'oreille interprètent les niveaux sonores en fonction des fréquences. Et celles et ceux qui savent ... sauront (oui c'est beau comme expression) qu'entre une mesure pondérée A et une mesure non pondérée, on va avoir une différence de 3 à 5dB en faveur de la mesure pondérée. Dis autrement, cette pondération A permet à Tascam d'afficher une valeur qui peut être trompeuse.
Des marques concurrentes, comme Zoom ou Sound Devices, publient leurs EIN sans pondération. La règle, c'est qu'il faut chercher systématiquement la présence du mot clé "unweighted" dans les specs. Zoom ou Sound Devices affichent donc des valeurs allant de -127 à -130dbU "unweighted". Ca veut dire qu'un préampli avec un EIN à -126dbU pondéré A, comme le Tascam DR-40XP, a en réalité un EIN non pondéré entre -121 et -123dbU. Ca fait quand même jusqu'à 9dB de différence par rapport à Zoom et Sound Devices ! Ca veut dire un bruit de fond qui est potentiellement aisément perçu 2 fois plus fort que la concurrence, voire plus. Au Musikmesse 2016, Blast et moi avions déjà noté un bruit de fond assez important sur les appareils Tascam. Même en situation salon, on l'entendait déjà, c'est dire. Je ne sais pas si on peut en conclure que peu de choses ont changé en 10 ans sur la qualité des préamplis Tascam, mais en tous cas, présenter son EIN en pondération A, le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est pas super glorieux.
Et donc, un préampli bruyant, même avec du 32-bit float, ça reste un préampli bruyant. Et quand on branche des micros dynamiques un peu gourmands, ou des statiques avec un niveau de sortie faiblard, on se retrouve à devoir pousser le gain, et là, le souffle risque de bien revenir au galop. Alors oui, ça ne saturera pas numériquement, mais le rapport signal/bruit sera toujours le maillon faible.
Bon, sur le terrain, est-ce que ça va changer la face du monde ? Probablement pas. Mais il faut juste garder en tête qu'on a affaire à un produit dont le préampli sera notablement moins bon que la concurrence, et qu'il sera donc moins polyvalent. Exit les séances d'enregistrement occasionnelles pour les copains. On garde le Tascam pour le reportage ou le field recording, à fort niveau. D'ailleurs, il est présenté au bord de la mer (le bruit blanc naturel), ce n'est probablement pas pour rien !
Des choix qui questionnent
Côté connexions, Tascam a enfin intégré un port USB-C. Il était temps de laisser tomber le Micro-USB, franchement. Ça permet d'utiliser le DR-40XP comme interface audio deux entrées/deux sorties (en 24 bits max, pas en 32 bits, attention !) avec nos ordinateurs ou appareils iOS, et même comme microphone USB. C'est pratique, ça c'est sûr, mais quand on a 4 canaux d'enregistrement, ce serait quand même mieux de pouvoir les exploiter via l'interface. Dans le DR-40XP, on ne peut en avoir que deux qui remontent jusqu'à l'ordinateur. Pourquoi ?
Autre aberration, les entrées combo XLR/TRS placées sur le bas de l'appareil, avec un pas de vis 6,35mm au dos (1/4"). Déjà, qui utilise des pas de vis de 1/4" en vidéo ? Parce qu'on est bien d'accord que ce genre de pas de vis, c'est pour monter sur une caméra. Un pied photo, quelque chose. Les standards, c'est 3/8" ou 5/8", pas 1/4". Encore des adaptateurs à prévoir. Flute alors. Quelqu'un n'a pas assez réfléchi au moment d'écrire le cahier des charges.
Je reviens sur la position des entrées Combo XLR/TRS. Pour une utilisation sur trépied, c'est… une aberration ergonomique (qui me fait aussi hurler sur mon Zoom H5). Ca force sur les câbles, ça déséquilibre l'appareil et ça ne fait que risquer de créer plus de bruits de manipulation indésirables.
L'alimentation reste sur 3 piles AA. Alors oui, certains vont dire que c'est pratique en reportage, quand on ne peut pas recharger la batterie. Et je suis tout à fait d'accord. Mais trimbaler des tonnes de pile, on peut parler de la galère que c'est ? Les piles achetées en catastrophe à l'épicerie du coin parce que les votres sont mortes ? Et qui ont une autonomie d'environ 12mn. Une batterie amovible aurait été préférable : on en a deux d'avance, et on tourne. Mais des piles AA, en 2026, pour une machine qui se veut un peu pro, c'est pénible. Ca plus la possibilité d'alimenter via USB-C... sauf qu'ils ne donnent même pas le câble USB dans la boîte ! Ca commence à faire beaucoup.
Mon avis sur ce nouveau venu
Franchement ? Je crois que vous savez déjà ce que vais dire. Ce DR-40XP, c'est un peu comme si Tascam avait ressorti un vieux jean, lui avait mis un patch “32-bit float” et l'avait relancé sur le marché. C'est une mise à jour d'un design qui date d'il y a plus de dix ans (le DR-40 original est sorti en 2011), et ça se ressent. Les préamplis, bien que labellisés HDDA, ne semblent pas être au niveau de ce que l'on trouve chez la concurrence directe, notamment les séries F de chez Zoom, qui offrent un silence de fonctionnement nettement supérieur.
Pour des usages très spécifiques, où la robustesse prime sur tout le reste, le DR-40XP pourrait trouver sa place. C'est vrai que le Tascam, c'est souvent costaud, un peu comme un tank, ça encaisse les chocs. Et le mode 4 canaux, qui permet d'enregistrer les micros internes et deux entrées externes simultanément, reste un atout pour capturer à la fois 1 micro d'ambiance stéréo et un synthé stéréo (mon scénario Knarf au Superbooth).
Mais pour les musiciennes et musiciens qui font du podcast, de la production musicale ou de la vidéo et qui sont habitués à la qualité de préamplis de leurs interfaces studio, je vous mets en garde : les préamplis du DR-40XP risquent de vous décevoir. Le 32-bit float ne va pas faire de miracles si le signal de base est déjà un peu bruyant. Si vous cherchez un vrai saut qualitatif dans le monde du field recording avec cette technologie, il faudra probablement regarder ailleurs, ou au moins monter en gamme chez Tascam (avec le Portacapture X6/X8) ou chez Zoom (série F). Le DR-40XP, à mon sens, est plus un enregistreur de secours qu'une pièce maîtresse pour un professionnel exigeant.
Prix et disponibilité
Pour l'instant, les informations sur le prix exact et la date de disponibilité précise en France ne sont pas encore officialisées. Il faudra patienter encore un peu pour savoir si Tascam frappe fort sur ce point, ce qui pourrait potentiellement changer un peu la donne… à suivre donc !
Commentaires
Moi, tant qu'ils ne mettront pas une puce d’isolation USB dans leur machine, j'attendrais les prochains modèles 🧐🤭
Un peu peur, mais on peut espérer via un test …
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