PreSonus : Coup de Pinceau pour la Gamme StudioLive SE R
PreSonus StudioLive SE R : Une Résurrection en Rack ?
Vous en conviendrez, depuis l'acquisition de PreSonus par Fender, le marché de l'audionumérique s'interrogeait sur l'avenir de la marque. Allait-elle disparaître sous l'ombre du géant des guitares ou renaître de ses cendres ? Eh bien, surprise ! PreSonus sort de son silence et nous propose la gamme StudioLive SE R, une série de mixeurs numériques au format rack, pensés pour la scène et le studio.
Ces bêtes de scène, qui occupent une ou deux unités dans votre rack selon le modèle, embarquent ce que PreSonus appelle le moteur de traitement FLEX DSP. Et là, ça commence à devenir intéressant : ce moteur permet d'utiliser des modélisations de compresseurs et d'égaliseurs vintage sur absolument chaque entrée et chaque bus. Un petit plus non négligeable pour apporter de la couleur à votre son, sans avoir à sortir les vieux racks d'effets analogiques (ou les plugins VST à tout va).
La gamme se décline en trois modèles : le SE 16R (18 canaux, 16 préamplis micro XMAX-R), le SE 24R (40 canaux, 24 préamplis XMAX-R) et le SE 32R (40 canaux, 32 préamplis XMAX-R). Du coup, que vous ayez besoin de sonoriser une petite formation ou un orchestre symphonique (j'exagère à peine), il y a de quoi voir venir.
Au-delà des entrées/sorties, ces machines partagent pas mal de fonctionnalités plutôt sympas. On retrouve des mixages Flex configurables à souhait (auxiliaires, sous-groupes, matrices), des mixages d'effets dédiés, une interface audio USB 2.0 (18x18 pour le 16R, 64x64 pour les 24R/32R, ce qui n'est pas rien !), et même un enregistrement stéréo intégré sur carte SD. Pratique pour les soundchecks ou pour capturer un concert à la volée.
La gestion à distance via Universal Control et les retours personnels avec QMix-UC sont toujours de la partie, un vrai bonheur pour les musiciens qui veulent gérer leur propre mix sur scène. Et bien sûr, la certification Milan AVB pour l'intégration dans les écosystèmes StudioLive série III. Et c'est là que l'on touche à un point qui fait un peu tiquer les esprits avisés du milieu.
AVB : Le Bon Élève Marginalisé
Parce que oui, PreSonus reste fidèle à l'AVB (Audio Video Bridging). Techniquement, l'AVB est un standard magnifique, ouvert (IEEE), avec des garanties de synchronisation temporelle native, une bande passante assurée et une latence ultra-basse. C'est élégant, c'est puissant. Mais voilà, le marché a tranché, et pas toujours en faveur du meilleur élève.
L'AVB nécessite des switches réseau dédiés et compatibles, ce qui est devenu une denrée rare. Pendant ce temps, Dante (d'Audinate) a raflé la mise en fonctionnant sur n'importe quel switch Gigabit standard. On branche, ça marche. Pas de prise de tête. Du coup, l'AVB, malgré ses qualités intrinsèques, est resté cantonné à quelques écosystèmes fermés, dont PreSonus et Apple sont les plus gros utilisateurs. Mon humble avis ? Dire que l'AVB est « obsolète » est un peu fort, mais « marginalisé », oui, certainement. C'est un cas d'école où la facilité d'intégration a écrasé la supériorité théorique.
Heureusement, PreSonus propose un bridge AVB-D16 pour ouvrir une porte vers Dante si besoin. Un aveu à demi-mot que l'AVB seul ne suffit plus sur le terrain.
Qu'en Dit la Communauté et Mon Humble Avis
Du côté des premiers retours de la communauté, les questions fusent. Est-ce vraiment une nouveauté ou juste un coup de peinture ? Gérer autant de pistes sur un iPad ou un ordinateur, c'est vraiment jouable ? C'est vrai que la question de la gestion d'un grand nombre de canaux depuis une interface logicielle reste pertinente. Pour ma part, au-delà de 16 pistes, je préfère souvent avoir de vrais potards sous les doigts, surtout en live. Mais en studio, où le temps est moins compté, ça peut avoir du sens pour une grosse carte son.
Et justement, si je dois y aller de mon petit avis personnel (et vous savez que j'aime bien le faire), la première chose qui saute aux yeux, c'est que ces StudioLive SE R sont un peu un « repackaging » de l'existant. La finition a été améliorée, avec un look plus sombre, plus « pro », des faders noirs, et une ergonomie légèrement affinée avec des encodeurs et faders low-profile. Ça, c'est pour le côté cosmétique.
Mais le coup de génie (ou le coup de massue, c'est selon), c'est que les possesseurs d'anciennes consoles StudioLive Series III bénéficient d'une mise à jour firmware gratuite ! Cette mise à jour leur apporte toutes les nouveautés DSP et réseau, ainsi que plus de 40 améliorations. Bref. Du coup, les anciennes consoles rattrapent quasiment les SE en termes de fonctionnalités logicielles et de traitement. La différence principale se résume donc à l'esthétique, l'ergonomie physique et la certification native Milan. C'est pas la joie pour ceux qui espéraient une vraie révolution.
J'ai moi-même une StudioLive 64S (pas une SE) et j'en suis très content pour ce qu'elle fait : c'est un excellent mélangeur et enregistreur multipiste. Le routage est d'une flexibilité déconcertante, ce qui est un vrai plus. Mais pour le mixage pur en studio, elle montre ses limites : bloquée à 48kHz, pas de possibilité d'utiliser les plugins de la console en DSP dans le DAW, pas d'architecture inline pour un workflow hybride optimal. Bref, on ne "mixe" pas avec ça comme on mixerait sur une console de studio dédiée. On reste dans le DAW pour ça. Mais pour un studio DAWless + multicanal pour enregistrer et mixer ensuite sur ordi, c'est parfait. Et ça, les nouvelles SE R continuent de le faire très bien.
Donc, oui, PreSonus nous propose du neuf, mais plus qu’une grosse mise à jour, on est plutôt sur un rafraîchissement bienvenu pour la gamme. Rien de vraiment nouveau sous le soleil, juste les mêmes produits avec un nouveau design et toutes les améliorations logicielles qui profitent aussi aux "anciens". Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les possesseurs de Series III, après tout. A suivre, pour voir si Fender a d'autres tours dans sa manche pour relancer PreSonus de manière plus… spectaculaire.
Prix et Disponibilité
La gamme StudioLive SE R est disponible dès à présent. Le modèle SE 16R est affiché à 999 €, le SE 24R à 1 499 €, et la version SE 32R à 1 799 €. Des tarifs cohérents pour des machines de cette trempe, même si l'aspect "nouveauté" est à nuancer.
Commentaires
Le bridge AVB - Dante c'est bien, mais dans le genre standard ouvert, je regrette que Ravenna ne soit pas plus répandu, il élimine pas mal des limitations de l'AVB: Interopérable (via AES67 et ST 2110, donc avec Dante au besoin), ne nécessite pas de switches ou interfaces réseau spécifiques… Et aucun frais de license pour l'implémenter. Mais c'est un fait que Dante est mieux implanté…
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