Faut-il vraiment tout regarder sur YouTube ?
Cette semaine, je devais boucler une vidéo sur un micro. Un petit micro USB-C, du genre que je pensais torcher en deux jours montre en main. Appuyer sur REC, parler des deux ou trois particularités sur la directivité, montrer le truc en condition réelle, montage rapide, le lien dans la description et hop, dans la boîte. Sauf que non.
Parce qu'en mettant le nez dans la bête, je me suis rendu compte qu'elle faisait beaucoup plus de choses que prévu. Des fonctionnalités que je n'avais pas anticipées, plus malignes que ce que je croyais, et accessoirement plus tordues à expliquer. Du coup, ce qui devait être une petite vidéo tranquille s'est transformé en truc où il fallait que je m'y colle un peu plus que prévu. Et là, au lieu de me réjouir d'avoir matière à raconter, je me suis surpris à me poser LA question.
Ca parle à qui, en fait ? Ou plutôt, comment vais-je restituer tout ce bazar pour que ce soit utile à quelqu'un ?
Le piège du "tout dire"
Parce que c'est facile de se dire : génial, il y a dix fonctions intéressantes, je vais TOUTES les montrer. Sauf que dix fonctions intéressantes, ça ne fait pas forcément une bonne vidéo. Ça fait un catalogue, un manuel. Et un catalogue, soyons honnêtes, c'est le genre de truc qu'on regarde en accéléré avant de fermer l'onglet.
La vraie question, ce n'est pas "qu'est-ce que ce micro sait faire ?". C'est "qu'est-ce qui, parmi tout ça, va vraiment changer quelque chose pour la personne en face ?" "Comment peut-on VRAIMENT l'utiliser" et surtout "pourquoi celui là ?". Et ça, c'est beaucoup plus difficile à transcrire. Parce qu'il faut décider à l'avance, en amont, sans retour possible, qui va regarder et deviner ce dont cette personne va avoir besoin. En avance de phase, comme on dit. C'est-à-dire au moment précis où on ne sait pas encore quelles seront les réactions et les questions des gens qui vont regarder. S'ils regardent. Avec le risque d'être totalement hors sujet. Hors sujet pour la personne qui va regarder. Vous voyez le problème ?
Et puis j'ai regardé les autres faire
En parallèle, cette semaine, j'ai fait ce que je fais souvent : j'ai écumé des vidéos de gens qui montent des sets live en modulaire (oui je sais, ça n'a rien à voir). Mon idée n'était pas de me distraire (enfin, un peu quand même), mais d'aller piocher des astuces pour mon propre set, celui que je suis en train de construire patch après patch pour améliorer ma façon de jouer en live.
Et j'en ai trouvé, des vidéos. Beaucoup. Des gens manifestement compétents, des racks magnifiques, des routings qui tiennent la route.
Et pourtant, dans la quasi-totalité des cas, la manière dont c'était présenté ne me servait à rien. Pas parce que c'était mauvais. Parce que ça ne s'adressait pas à moi. Le mec déroulait SA logique, SON workflow, SES contraintes, et tout ça était parfaitement cohérent... pour lui. Moi, avec mes besoins à moi (orientés groovebox et impro, avec des sons un peu salissants), je restais sur le bord de la route à me dire "ok, mais concrètement, j'en fais quoi de cette vidéo ?".
L'effet Boomerang
Et là, forcément, retour de bâton. Parce que si je trouve ces vidéos peu pertinentes pour MON cas, c'est exactement le risque que je fais courir aux gens qui regardent les miennes. Je peux très bien dérouler MA logique sur ce fichu micro, être à peu près pertinent techniquement (Jean Michel à-peu-près), exhaustif, carré... et laisser sur le bord de la route quelqu'un qui voulait juste savoir si ce truc allait régler SON problème à lui.
C'est dur à avaler, mais c'est sain. Faire une bonne vidéo, ce n'est pas nécéssairement montrer tout ce qu'on sait. C'est choisir. Choisir un public, choisir les deux ou trois choses qui comptent vraiment pour ce public-là, et accepter de laisser le reste de côté même quand ça nous démange de tout balancer. Accessoirement, ça fait des vidéos moins longues, aussi. C'est sûr que voir une vidéo dans son flux avec une durée de 44:51, c'est dissuasif. Qui a le temps pour ça en 2026 ? Et choisir, par définition, ça veut dire renoncer. C'est précisément la partie qu'on déteste.
Alors, on regarde tout sur YouTube ?
Ce qui m'amène à une question plus large, et je vous préviens, je n'ai pas la réponse propre et bien ficelée. Est-ce qu'on doit vraiment tout consommer sur YouTube ? Je veux dire par là, toutes les vidéos des sujets censés vous intéresser (non parce que cette vidéo "j'ai mangé mon caca congelé pour survire 15 jours dans mon congélateur", on est d'accord que celle là, il ne faut pas la regarder). Donc, est-ce que toutes les vidéos censées être intéressantes sont bonnes à regarder ?
D'un côté, j'ai envie de dire oui : même une vidéo qui ne me parle pas m'a appris quelque chose cette semaine, à savoir ce que je ne voulais PAS faire. De l'autre, je vois bien qu'on passe un temps fou à ingurgiter du contenu compétent mais qui ne nous est pas destiné, et qu'on en ressort souvent avec plus de matos dans le panier et moins de problèmes vraiment résolus. Et bien sûr je ne parle pas des vidéos "tuto" qui sont aussi pleines de trucs faux. Ça, c'est un vrai problème....
Peut-être que la vraie compétence, des deux côtés de la caméra, c'est de savoir reconnaître vite quand ce n'est pas pour nous. Côté créateur : assumer qu'on ne parle pas à tout le monde. Côté spectateur : oser fermer l'onglet sans culpabiliser.
Je n'ai pas tranché. Et franchement, je ne suis pas sûr que ce soit le genre de question qui soit "vite répondue", comme dirait l'autre.
En attendant, je vous invite à réfléchir sur les dernières vidéos que vous avez regardées. Vous ont-elle aidé à vous informer correctement ? Ont-elle résolu un problème ? Avez vous appris quelque chose d'utile ? Si non, alors vous auriez du fermer l'onglet plus vite.